Médias, News, SocialJanuary 17, 2019

Quelles nouvelles sources de monétisation pour la presse digitale ?

Quelles nouvelles sources de monétisation pour la presse digitale ?

Au cours d’une conférence sur le futur du métier de journaliste organisée par Cision France, l’un des intervenants, Nicolas Arpagian, a eu cette phrase vraie – bien que hors de la tendance actuelle – qui m’a marqué : « Pour que l’information ait une valeur, elle doit avoir un prix ». Ce fait est aujourd’hui mis à mal par les nouvelles habitudes : l’information est gratuite et rapidement consommée, voire oubliée. La pub et les abonnements payants n’étant pas suffisant pour compenser les coûts d’une rédaction, nous allons nous intéresser aux autres sources de revenus des médias digitaux.

A la 10e édition de la « Presse du futur » qui s’est tenue à Paris fin novembre 2016, trois personnalités de la presse en ligne sont venues débattre des modèles économiques possibles pour ce secteur. Avant d’entamer les débats, les interlocuteurs ont rappelé des chiffres clés : 38 millions de Français consultent la presse en ligne tous les jours, soit 68 % de la population active. 74 % des 25-35 ans lisent un titre de la presse quotidienne nationale (PQN) chaque jour, dont 77 % d’entre eux lisent la PQN sur un support digital. Ainsi, la presse digitale a permis de constituer une nouvelle audience. Les participants de cette table ronde (Corinne Denis, directrice du Numérique et du Développement des Revenus pour le Groupe Lagardère Active ; Jean-Charles Falloux, directeur Digital Média et Innovation Technologique pour le groupe Les Echos/Le Parisien et Oliver GEROLAMI, président-directeur général du groupe Sud Ouest) sont unanimes. La rentabilisation des investissements dans la presse digitale repose sur trois piliers : l’optimisation, la diversification et la personnalisation.

Comme l’explique Oliver Gérolami, la presse digitale connait aujourd’hui trois évolutions : on passe d’une audience d’un ordinateur classique à une audience mobile, et du côté annonceur, on passe de la bannière classique au native advertising ainsi que du nombre d’impressions délivrées au nombre d’impressions qualifiées en termes de ciblage (CSP, localisation…). Ces changements ne sont pas les seuls en marche dans la presse digitale. Les réseaux sociaux ont modifié la relation du lecteur avec l’information. Celui-ci veut accéder à l’information gratuitement. Même si la pub vient atténuer le manque à gagner, celle-ci ne peut pas compenser à elle seule les coûts engendrés par une rédaction.

Optimiser le contenu présent

L’optimisation de la présence digitale de la presse peut prendre plusieurs formes : optimisation technique, optimisation éditoriale, optimisation organisationnelle… Des optimisations techniques sur des sites médias peuvent être réalisées afin de limiter au maximum le temps de chargement des pages ou améliorer la performance SEO des articles (référencement naturel) et ainsi augmenter naturellement les audiences, ce qui favorisera la publicité.

Le groupe Les Echos s’inspire des modèles des start-up pour se réorganiser en développant l’agilité des circuits courts pour faire des économies. Selon Jean-Charles Falloux, c’est près de 30 % de réduction des coûts de production qui peuvent être baissés. Ces économies pourraient être réinvesties dans la data-science : l’un des objectifs de cette « science » est de pouvoir calculer en temps réel le chiffre d’affaires réalisé sur les pages du groupe. A terme, on peut prévoir un pilotage des contenus produits par la data. Seuls les contenus les plus rentables pourraient être produits en fonction de la valeur créée.

Une des sources potentielles de revenu est la valorisation des big data. Les visites sur les sites laissent des traces. Ces indicateurs permettent de mieux connaître votre audience et ainsi de proposer une offre éditoriale personnalisée. Par exemple, si un internaute est intéressé par des études payantes mises à disposition sur le site, faut-il lui faire payer un accès payant aux autres contenus du site ? La question est ouverte…

Les services clés de la diversification des médias

Beaucoup d’organes de presse ont fait le choix de diversifier leurs offres pour trouver de nouvelles sources de revenus. C’est le cas notamment pour les trois acteurs présents à cette table ronde. Pour le groupe Les Echos et Sud Ouest, il s’agît de proposer des services de communication aux entreprises. Le groupe Les Echos propose ainsi « Les Echos Solution », dont le but est de fournir aux entreprises de nouveaux formats éditoriaux : newsletter, podcast, vidéo… Les Echos organise également des conférences professionnelles payantes. A terme, l’objectif du groupe est de réaliser 50 % de son chiffre d’affaires dans les services aux entreprises.

Le journal Sud Ouest propose également des services de communication aux entreprises : création de site internet, animation de réseaux sociaux, conseils éditoriaux etc. En plus de ce type d’activité, le journal régional a lancé un incubateur de start-up pour être au plus proche des innovations qui pourraient modifier le monde des médias digitaux.

Chez le Groupe Lagardère ce sont également des services qui ont été choisis pour accompagner le développement économique des sites. Par exemple, le célèbre site de santé doctissimo.fr propose des services de soins en fonction des contenus consommés.

Les réseaux sociaux bons pour l’audience, mauvais pour la monétisation

Pour Sud Ouest, les réseaux sociaux apportent de l’audience, un public jeune et urbain mais qui reste dans un univers 100 % gratuit. Selon Gerolami, les réseaux sociaux ne sont pas un bon outil pour monétiser. Le nombre d’abonnements n’est pas proportionnel au nombre de fans sur les réseaux sociaux. Pour preuve, les chiffres communiqués par le DG du Groupe Sud Ouest : 30 millions de visites par mois (10 millions selon SimilarWeb) sur le site, 250 000 inscrits aux newsletters du groupe pour un total 26 000 abonnements payants par mois à 9,90€, alors que le groupe compte au moins 550 000 fans sur les réseaux sociaux (Twitter & Facebook dans le cas présent).

De même pour Lagardère, les réseaux sociaux sont des alliés de l’audience mais pas de la monétisation. Selon Corinne Denis, Youtube est le réseau social qui a le plus de potentiel de monétisation grâce à la pub : le format vidéo est celui dont les revenus augmentent le plus. Les médias n’ont pas d’autre choix que de devenir petit à petit des producteurs de vidéos.

La presse traditionnelle est en pleine mutation structurelle pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation de l’information. L’incertitude qui plane sur la valeur et la qualité de l’information sur les médias sociaux nous oblige à trouver des moyens de financement pour des rédactions. Néanmoins une chose est sure : les médias ne se tuent pas entre eux. Comme le disait Fréderic Mitterrand dans l’émission « Ça vous regarde » de LCP « aucun média ne tue un autre, le cinéma n’a pas tué le théâtre, la télé n’a pas tué le cinéma, internet n’a pas tué la télé ». Ainsi je fais le pari que les réseaux sociaux ne tueront pas la presse digitale mais celle-ci va devoir s’adapter pour survivre.

Si cet article vous a plu, n’hésitez-pas à le partager sur les réseaux sociaux !

A très bientôt !

@ThomG75

Leave a reply

Comment maitriser et développer son e-réputation ?

Comment maitriser et développer son e-réputation ?

Ce samedi 8 octobre, j’ai la chance d’intervenir au Salon de l’Etudiant spécial parents en collaboration avec MyCVFactory sur la maitrise et le développement de son e-réputation. L’occasion pour moi de partager avec vous les bonnes pratiques qui me semblent indispensables pour se faire recruter grâce aux réseaux sociaux.

Pourquoi s’inscrire sur les réseaux sociaux pour se faire recruter ?

La question peut paraître bête mais les faits sont là : 94 % des recruteurs utilisent LinkedIn pour se faire un avis sur un candidat (Etude Jobvite de 2014, donc aujourd’hui…). Selon une étude publiée par LinkedIn en 2015, 43 % des recruteurs français estiment que le recrutement via les réseaux sociaux va fortement augmenter dans les années à venir. A l’heure actuelle, 7 % des recrutements se font déjà directement sur les réseaux sociaux en France, d’après le blog MyRHCommunity. Si on ajoute à cela les 220 000 offres d’emplois publiées chaque jour sur Twitter, vous l’avez compris : s’inscrire sur les réseaux sociaux est quasiment devenu une obligation pour être recruté.

Etre présent sur les réseaux sociaux d’accord mais pour quoi faire ?

Le nerf de la guerre : avant de vous lancer sur réseaux sociaux vous devez vous poser les bonnes questions : « Quelles expertises mettre en avant ? » et « Que dois-je montrer pour être recruté ? ». Une fois que vous avez répondu à ces questions, il est temps de définir votre stratégie éditoriale en adéquation avec vos réponses. Si vous souhaitez travailler dans le secteur bancaire, par exemple, montrer que vous vous intéressez au secteur en partageant votre veille avec un regard critique : publier l’article/lien et ajouter un commentaire personnalisé. Prenez le temps de produire votre propre contenu au sujet de la nouvelle règlementation Bâle III sous forme d’un LinkedIn Pulse (oui oui comme celui-là), à travers un article de blog, une vidéo ou encore une infographie ! Enfin, n’hésitez pas à engager la discussion avec des experts/influenceurs reconnus sur Twitter.

Quelles sont les erreurs à éviter ?

Comme lors d’un entretien d’embauche, il faut éviter d’avoir un langage familier pendant une discussion sur Twitter ou LinkedIn. Vos discussions laissent des traces et les recruteurs sont à l’affût du moindre faux pas.

Faites attention à bien respecter votre ligne éditoriale et à garder un ton professionnel : Twitter et LinkedIn ne sont pas des sites de rencontres ! Evitez de draguer ouvertement une personne sur ces réseaux ou alors utiliser un autre compte sous pseudo.

Sur vos réseaux sociaux professionnels, favorisez la qualité à la quantité. Cela vaut pour vos contacts, mieux vaut 100 contacts connus personnellement que 1 000 inconnus, et pour vos réseaux sociaux, concentrez vos efforts sur 1 ou 2 réseaux (LinkedIn et Twitter).

Enfin, ne plagiez jamais le contenu d’autres personnes. Mieux vaut un contenu pas tout à fait abouti qu’un article parfait qui ne serait pas le vôtre. De plus, ne prenez pas le recruteur pour une buse : il sentira très vite si quelque chose cloche…

En résumé, pour maitriser et développer votre e-reputation sur les réseaux sociaux : concentrez-vous sur 1 ou 2 réseaux sociaux de manière professionnelle, partagez et créez votre propre contenu et n’hésitez pas à interagir avec d’autres professionnels !

Si cet article vous a plu, n’hésitez-pas à le partager sur les réseaux sociaux !

A très bientôt !

@ThomG75

Sources :

https://www.youtube.com/watch?v=0SykxmloSMg

 

Leave a reply

CFPJ/Oasys : Métiers de la communication et des contenus : la grande disruption ?

Mercredi 28 février 2017, le CFPJ et Oasys Consultants organisaient à Paris une matinée consacrée aux évolutions de la communication autour de deux tables rondes. Après 3 heures d’échange, 9 intervenants et 15 cafés, voici un résumé de cet événement.

La communication horizontale

La première table ronde traitait de l’évolution du métier de directeur de la communication. Pour en parler, les organisateurs ont invité Isabelle Cambreleng (Visiomed Group), Sabine Baudin-Delmotte (Groupe BPCE), Philippe Deliurie (Météo Job), Bertrand Le Ficher (Oasys Consultants) et Florence Haxel (CFPJ) à venir partager leurs expériences. L’ensemble des participants sont unanimes sur un point : le métier de directeur de la communication a évolué de la même façon que la communication en soi. Auparavant, les messages des entreprises étaient descendants : l’entreprise communiquait et la cible recevait l’information sans échange. Aujourd’hui, internet et les réseaux sociaux ont déclenché des mécaniques de conversation. La communication n’est plus verticale mais horizontale. « L’interaction est le principe nouveau et il faut être en mesure de répondre rapidement », explique Sabine Baudin. Les interactions obligent aujourd’hui les entreprises à répondre aux demandes des parties prenantes.

Des frontières poreuses

Ces interactions provoquent un mélange des genres entre les métiers de la communication : les branches marketing, communication et commercial ont des frontières de plus en plus poreuses. Ces frontières instables et ces nouvelles attentes donnent un nouveau rôle au « DirCom » : il évolue de plus en plus vers un métier de médiateur toujours plus transversal. Son rôle change pour être à la recherche de lien et de liant entre les parties prenantes.

L’ère du digital : la grande disruption ?

La seconde table ronde de la matinée portait sur « Le contenu à l’ère du digitale : nouveaux médias, nouveaux business, nouveaux métiers ? ». Carole Bienaimé Besse (CSA), Caroline Baldeyrou (Boursorama), Emmanuelle Leneuf (FlashTweet), Bertrand Le Ficher (Oasys Consultant) et Thierry Guilbert (CFPJ) étaient présents pour répondre à cette thématique. Au cours des échanges, on s’aperçoit que les contenus (les articles), les contenants (les médias) et les rédacteurs (les journalistes) ont rapidement changé grâce à l’ère du digital.

Le contenu digital : un terrain de créativité et d’originalité

Les contenus produits pour le digital (vidéo, infographie, article…) sont aujourd’hui singuliers. Il ne s’agit plus de dupliquer ce qui a déjà été fait, mais bien de faire preuve de créativité et d’originalité pour exister sur internet. Comme le fait remarquer Carole Bienaimé Besse : « les nouveaux médias permettent de faire émerger des talents qui n’auraient pas eu leur chance en télévision » Si le contenu a évolué, c’est aussi pour s’adapter à la demande de l’audience. « Avant de comprendre, l’audience veut savoir », explique Emmanuel Leneuf. Ce changement d’attente explique le succès des contenus courts : pas besoin de tout comprendre, avoir l’information suffit. Selon Thierry Guilbert, trois mots sont au cœur des enjeux de l’audience des médias : le marketing, l’éditorial et le business. Les journalistes peuvent se retrouver à créer du contenu avec une personne du marketing pour s’assurer que ce contenu soit bien vu pour être lu. « On se préoccupe beaucoup plus de l’audience et de la manière dont elle va réagir », souligne le directeur du CFPJ.

Une des particularités du contenu à l’ère du digital est sa capacité à être mesurable de manière précise. En effet, les solutions d’analyse de l’audience comme Google Analytics ou AT Internet permettent de savoir exactement combien de fois votre article a été vu. Ainsi les mesures incitent les rédacteurs à écrire des contenus qui fonctionnent et à arrêter rapidement les contenus moins populaires. C’est l’heure de l’A/B testing : le « test and learn » au quotidien.

Le contenant digital : à la recherche du bon modèle

L’évolution de la communication vers le digital fait apparaître de nouvelles formes de médias. Des pure-players (presse 100 % digitale) apparaissent chaque mois avec plus ou moins de réussite. La problématique principale de ces supports est de monétiser leur audience. Avec 600 000 visites par jour, le site Boursorama vit sans accès payant : publicité, co-création de contenu et leads vers la banque permettent à ce média de se financer. Des médias avec accès payant comme Médiapart ou Les 4 Heures trouvent un modèle stable. D’autres cherchent encore la solution. La fondatrice du FlashTweet espère monétiser son activité grâce à son audience. Avec sa communauté de 30 000 twittos fidèles et experts, elle espère faire payer son audience aux marques qui souhaiteront bénéficier de sa visibilité sans pour autant faire du Brand content.

Le journaliste digital : adaptation et communauté

Le journaliste classique a dû s’adapter au digital comme l’explique la journaliste Emmanuel Leneuf : « J’ai adapté mon métier aux nouveaux enjeux » pour informer sur les réseaux sociaux. L’ère du digital entraîne aussi une évolution du métier de journaliste : les prochaines générations de journalistes vont devoir maîtriser de nouvelles techniques pour être en adéquation avec leur audience. La réalisation d’infographies, de motion design et le montage vidéo sont des compétences devenues quasiment indispensables pour les journalistes modernes. Un des enjeux majeurs pour les journalistes d’aujourd’hui est de se constituer une communauté de lecteurs. En effet, cette audience individuelle peut les servir pour trouver de nouvelles opportunités de carrière.

In fine, le digital a bien transformé l’ensemble des métiers de la communication. Mais ces métiers et l’ensemble des parties prenantes ont su s’adapter en redoublant de créativité et d’originalité. La question majeure des années à venir est bel et bien celle de la qualité de l’information. De nombreuses initiatives sont lancées pour lutter contre les « fake news » sur internet mais les enjeux de monétisation (publicité, brand content, attente de l’audience) peuvent perturber la neutralité de l’information disponible sur le digital.

Matières premières: Quel scénario pour le secteur pétrolier en 2017 ?

Leave a reply